Ce corps, c’est le mien. Il a partagé mes grandes joies, mes peines. Il m’a emmenée au bout du monde où je me suis émerveillée, et m’a permis de profiter de grasses matinées salutaires dans le fond de mon lit. C’est celui qui a oscillé entre 47 et 89 kg. Il n’avait pas attendu la grossesse pour se garnir de craquelures sur les cuisses et les hanches.

Ce corps qui a été chamboulé par les hormones de mes pilules. Qui a été garni d’un bonnet B rebondi et haut perché, puis d’un G très fatigué.

Dans ce corps, ma fille s’est incarnée. Elle a patiemment attendu deux, trois ans qu’il soit prêt pour elle. Ce corps, le mien, mon corps s’est arrondi, réorganisé et ouvert pour créer, porter et donner la vie.
Il m’a permis, même après avoir donné naissance, de continuer à porter ce minuscule morceau de moi qui aujourd’hui a 15 mois et se déplace sur ses deux pieds. Ce petit humain qui, comme le veut notre statut de mammifère, se nourrit encore de ce corps, à travers mes seins.

Mon corps aujourd’hui j’apprends à l’écouter, le respecter et m’y accorder.  J’avance avec lui, pour lui. C’est mon allié, mon ami, ma plus grande force. Il est devenu ma boussole, car à travers lui s'exprime mon intuition.

Alors oui, ce corps, c’est le mien. Avec ses 15 kg de moins qu’il y a deux ans, sa petite brioche zébrée de reflets argentés sous le nombril et ses heures de sommeil manquées.

Cette photo, c'est notre nouvelle normalité, à mon corps et moi. Tout mou, malgré mon 38. Il m'a appris que les chiffres sur la balance ne voulaient, en fin de compte, rien dire du tout. Alors peu à peu, j'ai arrêté de me peser tous les matins. Soignée de cette maladie du contrôle du physique. J'ai pu lâcher les nombres et me recentrer sur mon ressenti.

J'ose mettre des choses un petit peu plus près du corps, même si parfois, on pourrait me croire enceinte de 5 mois. Peu m'importe. Je sais que malgré son aspect dérangeant pour la société de l'image dans laquelle on vit, mon corps est devenu super réconfortant. Pour elle, ma petite Elie, mais aussi, surtout, pour moi.

Ce corps c’est moi. Il porte mon histoire d’hier, et toutes les possibilités de demain.