J'ai aimé accoucher.

Je l'ai aimée et maudite, l'incertitude de ce qui vient. Le mystère du déroulement des choses. L'obligation d'être concentrée et présente dans l'instant. La contraction d'avant est passée. Celle d'après ne s'annonce pas encore. Tout lâcher tant que c'est possible.

Chaque contraction te rapproche de ton bébé.

J'ai aimé la grâce dans l'abandon. L'abandon de toute résistance, de toute arme, face à l'intensité des contractions qui me menaient à mon bébé. La confiance totale en ce corps qui pouvait encaisser des sensations d'une intensité que je n'avais jamais éprouvée jusqu'alors. Le besoin fondamental de lâcher, la sensation de m'ouvrir plus grand que mon corps physique.

Chaque contraction te rapproche de ton bébé.

J'ai aimé la distorsion temporelle alors que je voyageait dans une dimension qui n'était pas de cette planète. Je flottais, entre terre et cosmos. Les chiffres ne voulaient plus rien dire. Je ne comprenais pas la sage-femme quand elle me parlait d'une heure, de vingt minutes. Je ne parlais plus la même langue.

Chaque contraction te rapproche de ton bébé.

J'ai été subjuguée par la paix que j'éprouvais entre les contractions. Des moments de lâcher-prise d'un silence immense. Des instants de sérénité, au milieu de la tempête. La certitude qu'elle finirait par arriver, là, dans mes bras.

Chaque contraction te rapproche de ton bébé.

J'ai aimé le soulagement une fois que sa tête est née. La fluidité de son petit corps qui s'échappe du creux de mon ventre, pour atterrir dans mes bras. La chaleur douce du placenta qui a suivi, quelques instants plus tard. Ce moment suspendu, hors du temps, où j'étais un petit peu là, dans la pièce, mais encore là-bas entre les vagues. Sa sérénité quand elle est arrivée parmi nous. Son voyage qu'elle nous a raconté paisiblement durant sa première heure de vie.

Ça c'est passé exactement comme ça devait.
Comme on ne l'avait pas imaginé.