Récemment, il y a eu un débat sur les violences obstétricales sur RTL. J’étais heureuse qu’on parle de cette problématique dans un média populaire, mais j’ai aussi pas mal serré les dents. Explications.

Débat : Action de débattre ; discussion généralement animée entre interlocuteurs exposant souvent des idées opposées sur un sujet donné.

L’émission "opposait" une femme victime d’une expérience d’accouchement traumatisante et violente à un (je cite) « médecin respecté dans un hôpital qui l’est tout autant ». Bien sûr, au lieu de reconnaître les tords de sa profession, ce spécialiste se sentait attaqué par les propos des femmes présentes sur le plateau, et s’est donc senti obligé de minimiser, démentir et nier les propos amenés dans l’échange.

C’est pour ça que je n’aime pas les débats. Ce côté binaire : noir ou blanc, sans aucune nuance de gris. Du coup, les avis se heurtent, au lieu de mettre les vécus sur la table, et d’aborder le vrai problème de fond. Remettre en question le système, parler des zones où les soignants ont de la latitude, mais surtout parler de ce qui les limitent dans leur approche.

Le problème, c'est qu'en opposant les intervenants comme des concurrents dans une arène, c'est qu'on compte les points. On attaque et on se défend. On le sentait bien dans le discours du médecin : c'est son égo blessé qui réagissait. Du coup, on n'arrive à rien de constructif, malheureusement.

Ce qui s'est passé là, sur RTL, c'est ce qui se passe souvent dans les médias.

On est bien d’accord que la majorité des soignants le deviennent dans l’idée de prendre soin de l’autre, de faire du bien. Seulement, entre ce désir initial et la pratique finale passent plusieurs années de formations, apprentissages et stages qui formatent les soignants. Ils apprennent à adapter leurs soins à la rentabilité du système, et pas à l'individu. Marie-Hélène Lahaye en parle très bien, elle fait un paralèle avec le fordisme.
Et comme l'a dit Michèle Warnimont dernièrement au journal : "Time is money", même quand les bébés naissent.

Notre système malade ne prend même pas le temps de respecter le rythme des bébés (ou de leur mère). Ils ne sont même pas nés qu'ils doivent déjà se conformer à des impératifs de temps. Il est beau, notre système de santé, n'est-ce pas ?

Le bien-être du patient devrait être au cœur du système de soin. Mais on n’en est pas là. Aujourd’hui, les contraintes économiques sont partout, même dans le monde médical. Il n’y a qu’à voir les mesures prises par soucis d’économie : le regroupement des hôpitaux, diminution du personnel médical, les bas taux de remboursements INAMI, la suppression des remboursement de certaines prestations, …

Nous sommes donc entourés par des soignants fatigués, opprimés et sous-payés. En même temps, j'ai envie de leur de dire de ne pas laisser le système à éloigner leur pratique de leurs valeurs, mais en même temps ils sont tout autant victime que nous.

Le problème c'est que notre système de soin (et système social) ne se basent pas sur les preuves (evidence based) mais sur les impératifs économiques. On aurait pu se réjouir de voir une médecin accéder au poste de ministre de la santé (Maggie de Block), espérer des mesures basées sur la science. Malheureusement, madame De Block a dû oublier le serment d'Hippocrate.

Il est temps que les soignants acceptent la réalité, pour exiger de meilleures conditions de travail, plutôt que de les subir silencieusement et pire … justifier les dérives de ce système dysfonctionnel. La pression sur leurs épaules est énorme, mais vraiment, je les encourage à faire entendre leurs discours de raz-le-bol hors de la sphère personnelle.

Il est temps que les patients reprennent leur responsabilité, et exigent un service, un soin plus humain, basé sur le libre-arbitre, plutôt que la soumission. Quitte à changer de prestataire, quitte à changer d'hôpital. Quitte à faire du bruit dans son entourage, sur les réseaux sociaux.

Si personne ne dénonce, si personne n'exprime son mécontentement, les choses ne changeront pas.

On devrait sérieusement envisager de descendre dans les rues pour exiger des soins plus humains. Pas juste nous, les clients (ou patients), mais aussi vous, les soignants. Vous êtes combien à être blindés et blasés ? Fatigués, dépassés ?
Rappelez-vous de l'enthousiasme qui vous animait avant même d'entamer vos études. C'est à cette joie-là, qu'il faut se reconnecter pour accepter qu'il y a un problème dans la pratique de vos métiers actuellement.

Parce qu’être "un médecin respecté dans un hôpital qui l’est tout autant" ne veut plus rien dire. Ce qu'il faut, c'est être un individu respectueux de l’humain qui est en face de soi. C’est tout.
Qu’on soit aide-soignant, gynécologue-obstétricien ou ministre de la santé.


Pour aller plus loin, tu peux aller lire le billet écrit sur le site de la Platerforme pour une naissance respectée suite au débat.

Photo par Martin Brosy