Eleanor a commencé à marcher il y a un mois. Et moi, j'ai commencé à oublier de la porter. Ce n’était pas conscient, mais j'oubliais le portage. Sauf quand on sortait de la maison, vite fait, avec le sling, entre les courses et la voiture.

Les endormissements sont devenus interminablement compliqués. Le sommeil échappait complètement à Elie qui le cherchait désespéramment, souvent en s'agitant physiquement de manière intense. Les "tétées-dodo" (comme on les appelle ici) des dernières semaines ressemblaient plus à des sessions de catch qu'à des moments câlins idylliques. Il m'est arrivé plusieurs fois d'être très en colère, coincée sur le lit, avec ma fille qui depuis plus d'une heure me réclamait tout en me bousculant avec des gestes brusques et désagréables. L'espace personnel réduit à néant et l'impossibilité de vaquer à mes occupations me rendaient dingue.

J'ai été cette mère, à bout, qui a crié son incompréhension à son bébé agité et pourtant épuisé. Tu sais quoi ? Ça n'a rien arrangé. Je me suis détestée de lui imposer une telle ambiance pour trouver sommeil. En plus, généralement, elle me regardait en rigolant. C'est vrai que c'est risible, de se mettre dans un tel état face à un bébé de 15 mois fatigué. Ma colère à moi, elle naît de mon impuissance totale face à son désarroi à elle.

Et puis on a reçu cette écharpe en voyage.
Ça m'a obligée à trouver des occasions pour porter. Depuis qu'on l'a reçue, les endormissements sont paisiblement rapides. Tout ça parce qu’au lieu de m’emporter face à la démission lâche du marchand de sable, je porte mon bébé en lui fredonnant des chansons.
Et là, le temps se suspend. Le temps d’un câlin, elle redevient mon tout petit bébé. Celui qui ne pesait pas plus de trois kilos sept cent quarante à la naissance. Celui qui est allé chercher la vie dans le creux de mon utérus.

Ça nous arrive à toutes de péter les plombs. Trop d'heures de sommeil passées à la trappe, une poussée dentaire un peu trop hard core, une journée compliquée au boulot, les règles qui approchent, ... Elles ne sont pas spécialement bonnes, mais on a toutes eu de bonnes raisons d'être à fleur de peau et intolérante face à un bébé qui ne réagit comme nous on l’aimerait à un moment t. Alors on prend sur soi, on se fait violence, mais parfois, notre résistance n'est pas très élevée.

Le portage, on arrête quand ? Il n’y a pas de règles en la matière, pas de date ou de poids limite. Et tu vois, même si elle ne demande pas à être portée comme elle réclame ses tétées, Elie a quand-même encore besoin d’être enveloppée contre moi. Et moi, je perpétue le mythe du cordonnier mal chaussé, la monitrice de portage qui « oublie » de porter, alors qu’elle sait combien ça sauve la vie.

D'ailleurs, j'écris sur post alors qu'elle dort tranquillement dans l'écharpe. Je sniffe ses cheveux de bébé tout doux. Ils n’ont plus l’odeur des premières heures, mais j’aime toujours autant y plonger mon visage.

Merci la vie !